Encore feministes !

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Action n°7 - 9 juin 2002
Le crime de viol et la faute de M. Odon Vallet


Le crime et la faute

Un texte inquiétant est paru dans Le Monde du 6 juin sous le titre « Le viol et la vertu ». M. Odon Vallet y accumule amalgames spécieux et rapprochements infondés. Je n’en relève que trois.
1. Ce professeur de droit affirme que, dans le code pénal français, « la fellation est tenue pour un viol », et qu’elle est donc passible de la cour d'assises. Est-ce à dire que la moitié de la population française devrait être en prison ? Le professeur se trompe : c’est dans la loi de Singapour et dans celle de certains États du sud des États-Unis que le sexe oral, même pratiqué dans l'intimité et entre adultes qui le désirent, est condamné comme un acte « contre nature ».
Il a oublié un mot : contrainte, et ce mot change tout. Toute fellation imposée est bien un viol, et le viol est un crime. Seuls ne l’ont pas compris ceux qui disent avec Coluche : « Le viol, c’est quand on veut pas, et moi, je voulais. »
2. Selon M. Vallet, « [de nombreux jeunes des cités] ne comprennent pas que ce qui est permis dans les sous-sols des clubs échangistes soit interdit dans les caves des immeubles "sociaux", comme si la population des HLM n'avait pas droit aux plaisirs "bourgeois". (…) Lorsque les livres à succès de Catherine Millet et de Michel Houellebecq montrent des couples et des groupes faisant l'amour en toute liberté dans des lieux ouverts au public, peut-on promettre la prison aux auteurs moins chanceux de caresses furtives et d'échanges brutaux ? »
M. Vallet ignore-t-il que « les sous-sols des clubs échangistes » et « les caves des HLM » n’ont en commun que leur niveau au-dessous du sol ? Dans les premiers on trouve, en principe, des adultes responsables ; leurs rapports sexuels, qui procèdent de désirs réciproques et d’un accord commun, restent dans des limites tolérées par la société ; ce qui se déroule dans les secondes, c’est ce qu’il est inadmissible de dénommer avec désinvolture « tournantes », car ce sont des viols collectifs dont les victimes sont profondément traumatisées. Ce que M. Vallet ose qualifier de « caresses furtives et d'échanges brutaux » sont des actes de violence, voire de barbarie. Quant à leurs « auteurs moins chanceux », ils ont commis un crime et, dans les rares cas où ils sont jugés, ils encourent une peine de prison pouvant atteindre quinze années.
3. « La répression ne peut remplacer l'éducation », affirme avec raison M. Vallet à propos de la sexualité, mais en quoi selon lui consiste cette éducation ? « On doit mettre en garde les filles contre les tenues provocantes et les garçons contre les gestes déplacés. » Est-ce à dire que, en cas de viol, les torts sont partagés, et que les « filles », nommées en premier, sont les plus fautives ? Est-ce à dire que les femmes violées « l’avaient bien cherché » si elles portaient une minijupe ou si elles marchaient dans la rue la nuit ?
Non, M. Vallet, un viol ou une agression sexuelle ne sont pas « des gestes déplacés ». Le viol est un crime, et votre texte, qui en est une apologie, est une faute.

Texte de l’article : voir http://www.lemonde.fr/article/0,5987,3232--278843-,00.html.
Pour écrire à l’auteur de l’article : M. Odon Vallet, aux bons soins du Monde, 21 bis rue Claude-Bernard 75005 Paris

Florence Montreynaud

PREMIÈRES RÉACTIONS du réseau "Encore féministes !"

Pascale Fourier, Paris
Monsieur Odon Vallet, dans son point de vue publié dans le Monde du 6 Juin, entretient la confusion la plus perverse sous couvert de la compréhension des jeunes, de l'anti-racisme et de l'anti-sexisme (anti-"garçons", cela va de soi). Donc, les jeunes filles des cités pourraient être obligées à des fellations et les jeunes garçons coupables de ces crimes ne pourraient être punis par la justice sous le prétexte qu'ils "ne considèrent pas" la fellation "comme un véritable rapport sexuel". Les viols et les "tournantes" seraient à mettre sur le même pied que ce qui se passent dans les "sous-sols des clubs échangistes"…Le viol, en réunion de préférence, ne serait qu'une variante pour pauvres des "plaisirs bourgeois", les "plaisirs brutaux" (!) variantes des libertés sexuelles mises en scène par une Millet ou un Houellebecq…Sans doute faut-il comprendre dans ses lignes aussi que les victimes de tournantes auront mis des "tenues provocantes"…
J'espère que Monsieur Vallet n'enseigne pas le Droit car il semblerait qu'il ait oublié que ce qui fait la différence entre la barbarie et la civilisation, c'est l'intégration de la notion de limites à la volonté de toute-puissance sur autrui, limites qu'une société choisit de garantir par des lois et des sanctions qui leur sont liées. Visiblement pour lui les habitants des HLM, ou du moins les femmes de ces quartiers, ne méritent même pas cette garantie. Si les victimes des "tournantes" étaient des habitantes des quartiers bourgeois, oserait-il tenir des propos semblables? Et si les victimes étaient des "garçons"…..

Marie-Elisabeth Allaire, St Nazaire, 8 juin
L’article d’Odon Vallet : “ le viol et la vertu ” dans le Monde daté du 6 juin me fait réagir .Il témoigne d’une société qui n’arrive pas à considérer que les atteintes sexuelles à la personne sont des délits ou des crimes . Point Barre..
Où est “ l’atteinte aux libertés ” dans ces mesures de justice que dénonce l’auteur ?
Effectivement si l’auteur pense que la fellation est tenue pour viol ! Ce qui est viol, c’est l’acte sexuel imposé il n’y a d’ambiguïté pour personne qu’ il s’agit là de fellation imposée ? Si ce mot “ imposé ” n’est pas précisé, alors, effectivement personne n’y comprend rien !
De même, est-il difficile de voir que la différence entre l’activité des groupes échangistes et celle des “ tournantes ” est la contrainte ? Les jeunes, et notamment les filles, savent faire la différence si l’auteur ne la voit pas !
“ Personne ayant autorité ” , est peut- être pénalement difficile à définir mais dans le cadre d’un jugement cela s’estime tout à fait, en tous les cas les victimes savent l’estimer.
Oui, la liberté sexuelle est celle d’avoir ou non des relations sexuelles . Mais, tout est là : dans le “ ou non ” .
Quand l’Autre dit “ non ”, c’est “ non ” . Et c’est pénalement répréhensible d’y contraindre même si le ou les coupables sont des“ jeunes issus de l’immigration ” . Ce serait alimenter le racisme que de ne pas sanctionner les auteurs selon leur origine géographique .
Mais dire qu’une grande partie des délits et crimes d’ordre sexuel sont du fait de ces jeunes( en fait, il faut entendre: “ maghrébins ” ? ), c’est occulter le fait que la majorité des violences ont lieu dans le cadre de la famille, famille bien traditionnelle française (voir enquête nationale sur les violences envers les femmes sortie en 2001 sous l’égide du secrétariat aux Droits des Femmes) . cf les cas de pédophilie, inceste qui émergent au grand jour peu à peu .
La prévention pour M.Vallet serait, entre autre, que les filles ne portent pas de “ tenues provocantes ”(tenues qu’il faudrait définir, d’ailleurs) . Serait-ce donc de la faute des filles si elles sont victimes de crimes sexuels ? les victimes deviennent les coupables ? ainsi une fille n’est pas libre de s’habiller comme elle le souhaite sous peine de voir un garçon se jeter sur elle ?( imagine–t-on le contraire ?) . Si on suit cette idée, il faut revenir au foulard cachant les cheveux, objet de désir d’après la Bible, voire le hidjab ? ceci relève de la même pensée !
Et pour finir je relève ces vieux schéma et peur de la part d’hommes : la femme “ castratrice ” par définition ! car le corps professoral majoritairement féminin ferait une école castratrice pour M.Vallet . castrant qui d’ailleurs, les garçons ? Et les filles, elles existent ?
C’est un enseignant qui écrit et perpétue toujours ces vieux schémas . Il faut les réviser !

Françoise Bardes, 9 juin 2002
Monsieur,
J’ai lu avec consternation votre courrier envoyé au Monde.
J’imagine que vous n’avez de votre vie subi aucune contrainte ? Ni viol ni agression ? Votre discours semble omettre completement que nous acceptons volontier de la part d’amis, ce qui devient intolerable dès lors que ces gestes paroles ou idées nous sont imposées. La violence étant, sans qu’il soit nécessaire de vous le rappeler, un facteur agravant.
En matière d’agression la gravité de l’acte imposé ne se juge nullement à l’aune de notre opinion mais bien plutôt aux dégats ressentis par la victime.L’agresssion sexuelle est particulièrement étonnante à ce sujet : une brutalité consentie peut être bien moins nocive qu’une caresse imposée.
Le travail de Penny Simkin autour de la naissance, montre que les agressions dont les femmes sont victimes tout au long de leur vie et tout particulièrement dans leur enfance ont des conséquences graves pour elle, leurs accouchements mais aussi pour leurs enfants, quand aux relations qu’elles peuvent établir avec eux. Le degré de gravité de l’atteinte n’étant pas lié au caractère de gravité apparent de l’acte dont elles ont été victimes.
Le cas des viols collectifs n’appartient pas, d’ailleurs, quoique vous écriviez, au domaine du doute, quand à la gravité des faits. La loi est sans équivoque à ce sujet.
Je ne doute pas que vous aurez à coeur de convenir publiquement que votre plume s’est egarée dans les errements de votre imagination et que vous avez confondu les fantasmes du marquis avec la realité des faits imposés aux victimes d’agression.

Monique Piton, 9 juin 2002
Monsieur,
Je suis scandalisée par votre article faisant des comparaisons entre les « Clubs échangistes » et le viol collectif, ainsi que par la plupart de vos propos..
J’ai souvent accompagnée des femmes violées pour leur déclaration à la police, à Besançon.
Toutes avaient été « forcées » à se soumettre de différentes façons, parfois « seulement » pour une fellation. Forcées : lisez bien : forcées. C’est cela le viol.
Dans les clubs échangistes… les adultes font ce qu’ils veulent… encore que je ne sois pas certaine que telle ou telle n’y soit contrainte psychologiquement par un compagnon vicieux… Mais c’est une autre affaire.
C’est complètement différent que les tournantes dans les caves d’immeubles : là il y a une fille forcée, contrainte, terrorisée, une fille qui n’a pas choisi ce jeu.
Les relations sexuelles, certes, le plaisir, ne sont pas réservés aux bourgeois, mais le viol , qu’il soit le fait d’un bourgeois ou d’un gars des Cités, reste un viol.
Vous retardez de 30 ans Monsieur, de l’époque où le viol n’était pas considéré comme un crime et où le violeur disait : « Je lui ai fait l’amour ! », alors qu’il s’agissait d’un acte de violence commis sous la menace. Vous en êtes à l’époque où les policiers posaient la question « avez-vous retiré votre culotte vous-même ? » Il fallait que la femme violée précise bien « je l’ai fait avec un couteau sous la gorge ».
La fille violée dans une cave restera marquée à vie, j’en connais . J’en ai connu une qui avait 75 ans, violée dans un talus au bord de la route : elle n’y a pris aucun plaisir, elle a cru en mourir. On l’a retrouvée le lendemain matin très très perturbée.
Vous osez dire « on devrait mettre en garde les filles contre les tenues provocantes » quelle bêtise ! Cette femme de 75 ans, une autre qui était religieuse (en tenue de bonne sœur) n’étaient pas provocantes ! Si ces trous du cul de violeurs ne savent pas se tenir, il faut effectivement les emprisonner… pour que nous, les femmes, puissions vivre !
Etes-vous donc partisan du Tchador, de la Burka ?
Je ne vous fais pas mes salutations, je suis hors de moi, écœurée.

Valérie Dariot,10 juin 2002
Des extraits de cette lettre ont été publiés dans le Courrier des lecteurs du Monde du 21 juin 02
À lire M. Odon Vallet (Analyses du 6 juin), on le soupçonnerait presque de rêver en secret de prendre part à l’une de ces « tournantes », innocent euphémisme pour désigner ce que la société appelait autrefois un viol collectif. J’espère pour lui qu’il ne se trouvera pas dans celui de la victime.
Car il faut appeler les choses par leur nom pour ne pas tomber dans la confusion et l’amalgame.
Le viol est un viol. Il n’est pas recherche de plaisir entre personnes consentantes. Le viol est affaire de pouvoir, d’avilissement, d’humiliation de l’autre. Allez parler, M. Vallet, aux victimes de ces « caresses furtives et échanges brutaux ». Toutes vous le confirmeront, cet acte barbare laisse des marques durables et profondes, car il attaque l’individu dans son intégrité physique et dans sa dignité.
Et arrêtons l’hypocrisie. Un homme sait parfaitement interpréter les signes du consentement chez sa partenaire. S’il refuse de voir, c’est qu’il y trouve son compte.
Je me félicite en tant que femme et en tant que mère que la justice française se donne pour mission de défendre les femmes, les enfants et toutes les victimes de violences sexuelles (car bien que dans une plus faible mesure les hommes aussi sont concernés). Le viol est un crime, ne l’oublions jamais. Mais selon les époques et les latitudes, il sera plus ou moins condamné par notre intelligentsia. Odieux au Rwanda et en Bosnie, il serait pardonnable dans les caves de nos cités. Il faut bien que jeunesse se passe. (Et je ne m’attarde pas sur le mépris de classe que dissimulent de tels arguments. Ces garçons n’étant rien de plus que des « sauvageons » incapables de discerner le bien et le mal, à quoi bon les punir !)
Quant à mettre en garde les filles contre les tenues provocantes. (C’est bien connu, les femmes n’ont que ce qu’elles méritent, puisque par leur existence même elles excitent la convoitise des hommes.) Les Talibans avaient trouvé la solution et ils avaient au moins le mérite d’aller jusqu’au bout de leur raisonnement. Pour empêcher les viols dans les cités, il ne reste plus qu’à imposer la burqa et le couvre-feu pour les femmes.
Je suis triste de voir Le Monde se faire l’écho de tels propos et j’espère que vous transmettrez cette lettre à M.Vallet, lequel s’en gaussera probablement, convaincu qu’il est du bien-fondé de ses thèses, au fond, bien conservatrices.

Bruno FRANCOMME, 9 juin 2002
Je tiens à dire combien est écoeurante et inadmissible l'idée selon laquelle les filles devraient « faire attention » à la manière dont elles s'habillent ou se comportent, pour ne pas provoquer de viol.
Quand bien même se promèreraient-elles nues, cela n'autoriserait en rien le moindre « geste déplacé ». Chacun est libre de faire des propositions mais doit accepter les réponses libres qui y sont faites. Au delà, c'est le viol, un point c'est tout. Et peu importe qu'il y ait eu accord à un autre moment ou pour autre chose. Non, c'est non : c'est un raisonnement à la portée de n'importe quel enfant de 5 ans doté d'une cervelle, quelle que soit sa culture ou sa commune de résidence, quel que soit son niveau de vie. Outre qu'il est scandaleusement discriminatoire à l'égard des femmes, le propos de M. VALLET est également insultant pour tous les hommes normaux, ceux qui n'ont pas le cerveau qui pend entre les jambes. J'ecrirai à ce brave monsieur qui doit penser que les femmes ont assez obtenu maintenant de la bonne volonté des hommes

Monsieur,
En réponse à votre article paru dans « Le monde » du 6 juin dernier, je tiens simplement à vous dire mon indignation devant une plaidoirie techniquement parfaite, mais humainement abjecte.
Comment, vous le juriste, osez-vous dire que les filles doivent « faire attention » à leur manière de s’habiller ? Pour tenir compte de quoi ? D’un état de non-droit ? Et pour qui prenez-vous les hommes, pour des bêtes totalement soumises à leur instinct ? Libre à vous de vous reconnaître ou non dans cette description, mais ne généralisez pas !
Surtout, comment osez-vous mettre sur un même plan un renoncement aux tenues « provocantes » et un renoncement au viol, s’agirait-il de deux crimes qui s’annulent ?
Et que viennent faire C. MILLET, M. HOUELLEBECQ et la fellation dans tout cela ? Le problème n’est QUE celui du consentement libre et explicite : à défaut il y a viol, un point c’est tout.
On ne peut pas faire plus simple à comprendre, alors n’invoquez pas les « milieux défavorisés, les cultures différentes…ou les subtilités du code pénal !
Votre complaisance n’est qu’un avatar de plus de la fraternité masculine universelle.

Philippe Liotard, Co-auteur avec Frédéric Baillette de Sport et virilisme, Maître de conférences université Lyon 1, 9 juin 2002
Ce papier du Monde est consternant à plus d'un titre.
Consternant notamment de naïveté de la part d'une personne qui signe d'un statut universitaire.
Consternant de banalité, consternant de poncifs.
Il ne suffit pas d'avancer quelques sentences acceptables pour diluer les propos sexistes et racistes que l'article est censé condamné.
J'aurais de nombreuses réactions, largement étayées (notamment sur la question de l'éducation des genres, des rapports sociaux de sexes, etc.). Et une réaction critique telle que vous l'avez faite s'imposait.
La question de la contrainte est centrale. Et l'assimilation du viol à l'échangisme est consternante (on y revient) comme l'est celle de la tenue vestimentaire à l'invitation aux gestes déplacés. Que la presse se gausse d'une liberté sexuelle nouvelle, qu'elle construise sur la base de reportages qui mettent le sexe en scène, qu'elle prospère sur le discours et l'imagerie pornographique (au sens que donne Richard Poulin à ce terme), que des succès littéraires intègrent des récits érotiques, tout cela n'est pas un problème en soi. Ce qui l'est, c'est l'amalgame entre consentement et désirs partagés et assimilation des femmes à des salopes. Catherine Millet n'appelle pas plus au viol qu'une jeune fille qui se promène en jupe. C'est cela qu'il faut dire, qu'il faut enseigner : qu'une femme peut avoir envie de montrer son corps sans attendre de sexe ou qu'elle peut manifester des envies sexuelles sans pour autant devenir contre son gré le jouet de tous.
Aujourd'hui, il me semble que l'apprentissage de la sexualité est une priorité pour justement poser les problèmes des rapports entre les sexes dans le sexe, apprendre le respect de l'autre dans le désir comme dans le refus, apprendre que dire non ça ne veut pas dire oui, apprendre qu'avoir envie ne signifie pas avoir le droit, ce que semble oublier Odon Vallet.
Je dois intervenir en janvier 2003 à un colloque sur ce thème à montpellier, organisé avec le concours de l'iufm et du rectorat... peut-être que l'éducation pourra d'ici plusieurs années éviter que la répression ne s'impose.
Odon Vallet pose par ailleurs des questions cruciales (notamment sur la question de la fracture judiciaire, cf. Loïc Wacquant, Les prisons de la misère). Mais le problème est à formuler dans sa globalité. Et les viols collectifs - pas plus que l'excision - ne peuvent être justifiés ni excusés par aucun alibi culturel.


Lisa, 9 juin
Objet : votre apologie du viol, Le Monde du 6 juin 2002
Votre article est scandaleux pour les hommes et les femmes… je n’ose imaginer la réaction de ceux et celles qui ont subi ce crime qu’est le viol. Car un viol est un crime, que vous le vouliez ou non.
1- « la fellation est tenue pour un viol » : oui, la fellation sous la contrainte est un viol. « alors que de nombreux jeunes ne la considèrent pas comme un véritable rapport sexuel » : vous vous appuyez sur une supposition sans fondement qui ne justifie en rien votre opinion. Je vous rappelle qu’une fellation consiste en l’introduction d’un sexe d’homme dans la bouche d’une personne. Je vous épargne la procédure qui suit. Deux cas se présentent alors : soit la seconde personne est consentante, il n’y a donc aucun problème, nous sommes dans la sphère du privé et personne n’atteint la dignité d’autrui. Soit la seconde personne est contrainte, elle NE VEUT PAS faire de fellation à la première : c’est un viol, quoi qu’en pensent « de nombreux jeunes ». Avez-vous des chiffres, qui confirment votre supposition ? Si la fellation n’était pas un rapport sexuel, qu’est-ce donc ? Je crois bien que cela s’appelle un rapport sexuel bucco-génital (pour votre information).
2- « comment expliquer à des collégiens et à leurs éducateurs les subtilités… » : les "subtilités" ??? Bien sûr !, un viol est un acte anodin, comment voulez-vous le différencier d’une bise sur la joue ou d’un salut de la main ? C’est trop dur de comprendre…
3- la différence entre un club échangiste et un viol collectif dans un sous-sol d’immeuble n’est pourtant pas compliquée à saisir : on va dans un club échangiste volontairement, on y a des relations sexuelles avec des personnes consentantes, c’est un acte de plaisir pour ceux qui le pratiquent. Un rapport sexuel sous la contrainte dans une cave, ce n’est pas un acte de plaisir, le plaisir n’est absolument pas partagé, la victime est brutalisée, traumatisée, c’est un CRIME.
4- évidemment, vous insinuez qu’elle l’avait bien cherché, la victime, avec ses « tenues provocantes »… c’est évident, elle criait certainement sur les toits "violez-moi, j’aime ça !". Je vous rappelle que chacun est en droit de s’habiller comme il-elle le désire, même si vous avez l’air de préférer la mode afghane…
5- « la notion de consentement » : d’après Le Robert, il est synonyme d’acceptation, accord, adhésion, agrément, approbation, assentiment, autorisation, permission, et ses contraires sont désaccord, interdiction, opposition, refus, résistance. Je ne pense pas que ce soit si difficile que cela à comprendre… Lorsqu’on dit NON (ou oui sous la contrainte, ce qui revient exactement au même) et qu’une autre personne nous oblige à avoir un rapport sexuel, c’est un VIOL, un crime.
6- « caresses furtives » !!!! vous voulez sans doute parler à nouveau des fellations sous la contrainte, qui ne sont pas vraiment des relations sexuelles donc qui sont anodines et qui ne sont pas un viol (tout juste si vous ne rajoutez pas "chochottes !"). Sans parler des « échanges brutaux » : quel sens de la formule vous avez !
7- « La liberté sexuelle est celle d’avoir ou de ne pas avoir des relations sexuelles » : exactement ! mais attention, ce n’est pas "disposer librement du corps d’autrui par la contrainte". On devrait donc préciser « la liberté sexuelle est celle d’avoir ou de ne pas avoir des relations sexuelles, entre personnes consentantes ». Ce n’est pas « un juste équilibre » à rappeler, c’est une définition très claire au contraire. Et tout le monde a droit à sa liberté sexuelle, disposer librement de son corps et choisir avec qui, comment et où avoir des relations sexuelles.
8- « les gestes déplacés » : hélas je crois comprendre que vous parlez d’un viol, tout au moins d’une fellation (ou "juste un doigt" si vous me permettez l’expression).
9- quoi ??? vous affirmez que si l’on continue de dénoncer les viols comme par exemple les viols collectifs, on risque fort de provoquer un racisme primaire, les immigrés de ces cités seraient montrés du doigt et "diabolisés", comme dirait l’autre ? Piètre argument, d’autant que jamais je n’ai entendu dire que tous les immigrés seraient des violeurs (ce qui est évidemment absolument faux). Non, non, dénoncer les viols, les considérer à juste titre comme des crimes ne fera jamais le lit du racisme (et sûrement pas du sexisme non plus !!!).
10- « l’école doit protéger les filles sans attaquer les garçons, qu’elle exclut trop souvent » : de mieux en mieux, l’école exclut les élèves de sexe masculin !!! Votre "preuve" : ils sont plus en échec scolaire que les filles. Voilà du raisonnement scientifique !! Il n’y a qu’un pas pour dire que l’école est inégalitaire, à la faveur des filles : vous l’avez franchi, l’école républicaine serait une « mère castratrice »… Non, là on sent que vous êtes à court d’arguments, c’est la fin de votre piteux article. Une petite dernière pour la route : dois-je comprendre par l’étymologie que homme = force = vertu = violeur-dans-son-bon-droit ? J’espère que non.
Vous faites l’apologie du viol, en excusez les « auteurs moins chanceux » (après tout les victimes l’ont bien cherché) et faites preuve d’une extraordinaire mauvaise foi.
Hélas, je crains que votre cas ne soit désespéré, et la seule chose qui pourrait vous faire changer d’avis serait sans nul doute de subir à votre tour des « caresses furtives » et des « échanges brutaux ».

réponse manuscrite le 18 juin
Madame,
J'ai joué un rôle important dans l'adoption de la loi de 1980 criminalisant le viol et j'ai donc largement défendu la cause des femmes. Mais la jurisprudence et l'expérience des magistrats montrent les difficultés d'application de notre législation sur les moeurs. Je plaide pour l'éducation au respect avant la répression de la faute.
Odon Vallet



Françoise Goaréguer, 10 juin
Quel plaisir de savoir que les jeunes lisent !
Je croyais que l'Education Nationale castratrice ne formait plus que des analphabètes!
Et c'est sûr, les jeunes des cités qui pratiquent les "tournantes", Marc Dutrou et tous ses copains , certains qui passent leurs vacances en Thaïlande, ont comme livres de chevet ,Millet , Houellebecq , l'ancien code pénal, la Bible et le Coran. Ils regardent avec envie les bourgeois s'éclater dans les clubs échangistes de Saint- Denis! C'est pour ça qu'ils n'ont plus aucune notion de consentement, que la fellation n'est pas, pour eux, un véritable rapport sexuel !
Vivement que le cunnilingus devienne aussi une pratique sociale au même titre que le poignée de main ou le bonjour!
Expliquons leur qu'ils ne sont pas responsables, que les filles voilées , excisées et les autres, ne sont que provocantes.
Expliquons leur qu'il faut bien qu'ils montrent leur courage, à plusieurs, et leurs valeurs masculines, dans la bouche ou le vagin d'une fille qui ne peut plus hurler, que dans son silence ,son horreur.
Expliquons leur que la justice est trop dure car ils sont des"" innocents" qui ne savent pas ce qu'ils font.
Ne leur expliquons pas que les films et revues pornos ne sont pas la vraie vie, que s'il y a des droits, il y a aussi des devoirs, qu'aucune culture ( et même pas la leur!) ne prône le viol, que leur révolte face à une société de consommation (du sexe et du reste) ne passe pas leur auto- destruction et celle de leurs sœurs !


Ariane Dloussky, 10 juin
Monsieur,
J'ai suivi la lecture de votre article du Monde (6 juin 2002) sur le viol avec surprise et révolte. Il me semble qu'au nom de l'"objectivité juridique" sur la définition pénale des pratiques sexuelles, votre article a dévié vers un cynisme dangereux opérant une forte amalgame entre "immoralité" entre adultes consentants et viol, dans lequel cas la victime n'est pas consentante et en resort meurtrie, physiquement et psychologiquement (séquelles qui ne sont pas observées dans le premier cas).
A ce titre, de tels rapprochements ne me paraissent pas défendre ni la morale ni la victime que devrait pourtant défendre l'homme de loi que vous êtes.


Michelle Laperrousaz, Bruxelles, 10 juin
Monsieur Vallet, énarque, docteur en Droit et Docteur en sciences des Religions est une sommité et il parle d'autorité La notion, il a raison de le dire, est équivoque, puisque s'y mêlent la violence de "l'argument d'autorité" et la force légitime d'une personne "faisant autorité".
Tout le discours de Monsieur Vallet baigne dans cette équivoque autoritaire où la confusion des arguments le dispute à leur nombre.
1/Légal et moral, dit-il, se confondent puisque la justice désormais se mêle de sexe et devient un "tribunal de mœurs". Or ce n'est pas le contenu des affaires de justice qui détermine le caractère juridique ou moral de son exercice mais bien plutôt les bases sur lesquelles elle intervient. La distinction entre droit et moral a été tracée par les grands théoriciens du droit naturel qui nous ont légué la notion de limitation de sa propre liberté au bénéfice de la liberté de l'autre comme fondement du droit (et non de la morale…) Que cette limitation soit une auto limitation ou une contrainte extérieure, ne change rien au fond. L'enjeu est de créer une société humaine. Certes, on peut décider de ne pas se soumettre à cette règle, libre ou contrainte, et, solitaire, devenir un loup pour l'homme (femmes, filles ou enfants) Il y a un risque…mais on peut le prendre. Cela n'a rien à voir avec la morale qui définit le bien et le mal, l'interdit ou le permis pour l'intimité de chacun. Le droit est une notion extérieure qui s'impose, la morale est un choix intérieur. C'est toute la différence entre un viol et une partie carrée.
Quant à la justice, Monsieur Vallet, elle dit le droit, elle applique la loi, autrement dit, elle ne règle pas "une querelle par le constat des dommages", nous ne sommes pas au tribunal de commerce. Dans le cas d'atteinte à l'intégrité de la personne, la loi rétablit la victime, et le coupable, dans la société des hommes libres.
2/Sexualité et péché. Malgré qu'il en ait, Monsieur Vallet semble emberlificoté dans l'idée que dès qu'on aborde les rives de la sexualité on aborde celle du péché. Son titre en est l'exemple "le viol ou la vertu". Quelle drôle d'alternative ! Serait ce l'un ou l'autre? Ne pourrait-on ne pas être vertueux sans violer ? Une conception plutôt chrétienne, puritaine cette fois, mêle sexualité, plaisir et péché et les casuistes de cette école, dont Monsieur Clinton nous donna en son temps un exemple croquignolesque, s'interrogent longuement pour savoir ce qu'est une relation sexuelle. Pénétration ? Où? et comment ? Tous les ingrédients d'un porno vertueux sont réunis. Monsieur Vallet y contribue lorsqu'il nous dit benoîtement que la fellation est tenue pour un viol alors que ces jeunes "ne la considèrent pas comme un véritable rapport sexuel". Mais on ne peut que se féliciter que la justice - laïque et obligatoire- s'éloigne de la casuistique et se rapproche de la notion de violence sexuelle faite à l'autre, quelles qu'en soient les méthodes.
3/La seule façon de comprendre l'article de Monsieur Vallet et de comprendre que son point de vue est celui des garçons, en l'occurrence violeurs. Il parle "d'atteinte à la liberté", il évoque le fait que ceux qu'il appelle les "justiciables" ne "comprennent pas le code pénal" ou ne comprennent pas ce qui est "permis" ou pas dans les caves des immeubles. Mais la justice n'est pas "pour" les justiciables, elle n'est pas - nouvelle confusion- une institution éducative. La justice dit le droit et de ce point vue elle serait plutôt "pour" les victimes. On veut donc rassurer Monsieur Vallet, les filles ou les enfants, elles, eux, comprennent parfaitement : ils et elles savent que trainé(e)s dans une cave par un groupe menaçant, ils ou elles vont être contraint(e)s à des actes qui ne leur plaisent pas et auxquels elles ou ils voudraient pouvoir se dérober. Cela s'appelle la peur, Monsieur Vallet, cette peur qui peut vous faire consentir à tout et qui, jusqu'à que la justice s'en mêle se transformait en culpabilité (les fameuses "tenues provocantes "ou l'affreuse culpabilité de l'enfant violé qui a "désobéi")
4/Venons en au consentement, notion si difficile et "non définie avec précision" comme le dit si bien Monsieur Vallet. Oui, la peur peut vous faire consentir à tout. C'est une vieille notion que le grand Hegel mit au centre de sa philosophie et dont nos modernes commentateurs ne veulent pas entendre parler. Le "consentement" nourri par la peur - y compris la peur de mourir - c'est ce qui fait l'esclave. Mais de cela, Monsieur Vallet ne parle pas et glissant du réel au virtuel, de la cave de l'immeuble où une gamine tourne et passe de l'un à l'autre la peur au ventre, il nous emmène dans la littérature à succès…Outre qu'on peut douter que les jeunes dont il est apparemment question dans son article - mais on se prend à douter- aient une fois lu une ligne de Mme Millet ou de Monsieur Houellebecq, que veut nous dire Monsieur Vallet lorsqu'il compare le récit littéraire de "couples faisant l'amour en toute liberté" et "les "auteurs moins chanceux de caresses furtives ou d'échanges brutaux". La confusion devient totale, les mots glissés ici ou là, ambigus - "moins chanceux "!-, "l'échange brutal" assimilé à une "caresse furtive"…. Peut-être la fin de l'article sur les "valeurs masculine" constitue-t-elle un élément de clarification mais nous n'aborderons pas la question des valeurs. Nous les laisserons au choix, risqué mais libre, de Monsieur Vallet.
5/L'histoire et la culture. Oui, Monsieur Vallet, nos chers vieux Grecs qui faisaient esclaves leurs prisonniers de guerre seraient lourdement condamnés aujourd'hui. Oui, Monsieur Vallet, un père qui marierait sa fillette de 7 ans à un vieux de 75 ans, s'appellerait-elle Marie et lui Joseph, serait lourdement condamné aujourd'hui. Oui, Monsieur Vallet, un patron d'entreprise qui s'octroierait un droit de cuissage sur sa jeune employée serait lourdement condamné aujourd'hui. Oui, Monsieur Vallet l'assassinat du commentateur de radio "mauvais messager" d'une défaite serait lourdement condamné aujourd'hui. Oui, Monsieur Vallet. Y voyez-vous un inconvénient? Quant à l'argument de l'origine musulmane des jeunes violeurs, il me semble à la fois insultant pour les musulmans, dont je ne sache pas qu'ils prônent le viol collectif et contradictoire lorsqu'on connaît la rigidité morale des "sociétés islamiques", dans lesquelles, pour le coup, morale et droit sont confondus, au détriment de la liberté.
6/Il faudrait encore parler de l'école et de l'éducation. La confusion y est tout aussi grande. Démarrant par une attaque en règle contre la justice moralisatrice et le tribunal des mœurs, voilà que Monsieur Vallet nous décrit en une phrase un programme d'éducation qui doit "mettre en garde les filles contre les tenues provocantes et les garçons contre les gestes déplacés". Je ne suis pas contre les blouses grises et les cours de morale, ils avaient du bon, mais soyons logiques, d'autant que quelques lignes plus loin, le spectre d'une école républicaine castratrice, du fait d'un corps professoral majoritairement féminin, surgit…
Alors, soyons clairs, et avant de suspendre notre commentaire au seuil de la question des "valeurs masculines" et de la vertueuse violence des virils, disons le tout net: La question qui se pose est celle du droit des femmes et des enfants face à certains hommes. Et plus précisément la question de la liberté face à la force physique. Lorsque l'enjeu de cette opposition, longue et ancienne question de civilisation, est le plaisir sexuel, les débats entre les tenants de la force et les tenants de la liberté sont souvent confus et hypocrites. La justice n'est pas là pour régler ce problème, elle est là pour défendre la liberté, toujours menacée par la force. Elle fait donc bien son travail, ce qui, à mon avis, n'a pas été le cas de Monsieur Vallet, énarque, Docteur en droit et Docteur en sciences des religions.

Eliane Crouzet, Nîmes le 10 juin 2002
Monsieur,
je suis écoeurée par votre texte sur “le viol et la pudeur” paru le 6 juin.
Il est regrettable, mais cela n’a rien d’étonnant dans notre France machiste et fascisante, qu’aucune loi n’aie encore pu être votée qui eut permis de sanctionner vos écrits. Toutes les Ministres ou Secrétaires d’Etat qui en ont eu le désir et ont élaboré des textes de lois visant à protéger la dignité des femmes se sont toutes heurtées au Lobby des publicitaires, qui sont les plus efficaces incitateurs au viol. En effet, ils font du corps des femmes un objet à prendre ou à acheter, étalé à tous les coins de rue et dans les magasins, y compris et tout particulièrement les pharmacies, images agrémentées d’invites dans le regard du modèle ou dans des textes du style “testez ses résistances”sur un slip à l’emplacement du sexe (Aubade), ou “touchez:”, etc.. C’est pourquoi celles qui ne veulent pas se laisser faire sont insultées et violées.
Le viol c’est la négation de l’autre, qu’il soit femme ou homme, d’ailleurs (mais dans les 2 cas, le violeur est un homme ). Le désir de l’autre n’entre pas en considération, n’ayant pas de valeur pour le violeur qui s’arroge le droit de prendre ce qui lui fait plaisir, et de tuer si ça le fait jouir.
Je ne vous salue pas

France Saint-Pierre, 11 juin
Nous avons le droit en tant qu'adultes de choisir et de vivre notre sexualité, de refuser ce dont nous n'avons pas envie, et aussi le devoir de protéger et de défendre nos enfants, tant garçons que filles contre tous abus exercés sur leurs corps.

Isabelle Besse, 11 juin
Monsieur,
Votre article paru dans Le Monde du 5/6 "le viol et la vertu" m'a profondément choqué, d'autant que vous êtes un homme cultivé. Votre argumentation relève d'une réelle mauvaise foi intellectuelle qui semble vouloir affaiblir la condamnation sociale du viol et me laisse perplexe quant à ses intentions profondes.
Les tribunaux de notre république ne sont pas devenus des "tribunaux de mœurs" et les juges et les procureurs n'ont pas remplacé les prêtres et les confesseurs. Les juges formulent leur jugement en fonction des lois de la République qui dérivent de notre constitution républicaine et des principes des droits de l'homme et non de la bible ou de tout manuel religieux. Ils ne jugent donc pas si tel acte est bien ou mal en fonction d'un code de morale mais si les droits du plaignant ont bien été respectés. A ce titre, je vous rappelle l'article 4 de la déclaration des droits de l'homme : "La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi." L'article 5 précise que " La loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société". Ce qui est le cas du viol.
Vous utilisez des informations fausses pour votre argumentation. Contrairement à ce que vous écrivez, l'article 222-23 du code pénal ne "tient pas la fellation pour un viol". Cet article dit en fait que "Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit, commis sur la personne d'autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol". Le code pénal n'est donc pas un code moral comme vous semblez le suggérer mais un code qui protège les personnes des violences sexuelles.
Vous semblez vous émouvoir de la sévérité de la justice pour les crimes sexuels qui aurait de "graves conséquences pour la défense des libertés" et serait "d'une faible utilité pour la prévention des agressions". Je pense au contraire que la condamnation ferme et sans appel des viols, de quelque nature qu'ils soient, est au fondement de l'état de droit et constitue un préalable incontournable à la prévention des viols.
Vous soulignez avec raison que la moitié des crimes condamnés en France sont des crimes sexuels mais vous vous trompez sur l'explication de cette prépondérance. Ce n'est pas tant parce que la justice se montrerait exagérément sévère envers les violeurs ou rognerait les libertés publiques mais parce que les victimes portent davantage plainte grâce au changement des mentalités induit notamment par la réforme de 1980 du code pénal sur le viol que vous vous acharnez à critiquer. Les victimes de viol sont de moins en moins nombreuses à garder en elles leur souffrance et à croire qu'elles sont responsables de ce qui leur est arrivé, justement parce qu'elles ont vu au travers des procès que la justice pouvait leur être rendue. La reconnaissance de leur statut de victime et la condamnation de leur agresseur sont vitales pour leur réhabilitation.
Vous affirmez que "les multiples réformes du code pénal l'ont rendu incompréhensible par les justiciables, notamment par les plus jeunes". Les jeunes violeurs savent parfaitement que leur acte est répréhensible par la loi et la société. En témoigne la pression qu'ils exercent sur les victimes pour qu'elles se taisent. Vous confondez là leur tactique de défense avec leur compréhension de la loi.
Vous mettez très malhonnêtement sur le même plan la "liberté sexuelle" qui prévaut dans les clubs échangistes et ce qui se passe dans les "caves des immeubles sociaux" à savoir les "tournantes" c'est à dire des viols collectifs pour faire croire que la loi créerait une "fracture sociale", réprimant la liberté sexuelle des pauvres et autorisant celle des "bourgeois". D'abord vous savez parfaitement que ce n'est pas comparable. Vous utilisez vous-même le terme "d'amour en toute liberté" pour les club échangistes où l'on peut normalement espérer que les personnes présentes sont consentantes. Vous parlez "d'échanges brutaux" pour les caves de banlieue : c'est le moins qu'on puisse dire pour un viol collectif réalisé sur de très jeunes filles naturellement pas consentantes!! Ensuite le phénomène des viols transcende les clivages sociaux : on parle évidemment plus volontiers de ce qui se passe dans les cités où habitent des jeunes d'origine étrangère mais les viols existent également dans les beaux quartiers.
Votre digression sur la religion est vaseuse. Depuis Marie et Joseph, la société a évolué, heureusement, et il ne s'aurait être question de tolérer aujourd'hui des agissements comme le mariage forcé parce qu'ils l'étaient à l'époque de la bible.
Dans le même temps, votre discours éducatif qui sous-tend la dénonciation de la sévérité de la justice est choquant par son archaïsme et sa pauvreté. D'une part l'idée de "mettre en garde les filles contre les tenues provocantes" rappelle l'époque récente où un fille qui portait une minijupe voyait sa plainte pour viol rejetée "parce qu'elle l'avait un peu cherché quand même". Certaines société préfèrent faire porter aux femmes la responsabilité des viols. C'est à elles de se voiler et de se murer chez elles pour que les violeurs puissent aller et venir en toute liberté et ne soient pas tentés. Cette solution induit une société de ségrégation sexuelle, le viol devient un tabou et est pratiqué gentiment en famille. Notre pays a choisi depuis très peu de temps d'affirmer le droit des femmes à aller librement, de se vêtir comme elles le souhaitent et d'enfermer les violeurs. Cette solution est la plus juste pour tout le monde puisque tous les hommes ne sont pas des violeurs et la grande majorité d'entre eux savent apprécier la séduction féminine sans en abuser. Si certaines petites filles sont habillées outrageusement "sexy", il faut d'abord en appeler à la responsabilité des parents mais aussi des media et de la publcité qui s'acharnent à représenter la femme comme un objet sexuel. Il ne saurait être en tout cas question de culpabiliser les femmes pour leur tenue vestimentaire. D'autre part l'éducation ne saurait être une mise en garde aux garçons contre les "actes déplacés", ce qui sous-entend qu'il y aurait un contexte dans lequel ces actes seraient acceptables. Or dans le cas des violences sexuelles, ce n'est pas le contexte qui pose problème mais le consentement de la victime.
Que faut-il penser du paragraphe sur l'échec scolaire masculin? Serait ce la faute des filles? Quel est le rapport avec le viol? Nous n'avons visiblement pas les mêmes informations, il me semblait plutôt que les garçons étaient favorisés à l'école par les professeurs, au moins dans l'orientation en classe scientifique.
Est ce parce qu'homme privilégié dans notre société, vous savez que vous ne risquez pas d'être violé mais peut-être tenté d'abuser de votre position pour avoir une "faveur sexuelle" que vous êtes magnanime avec les agresseurs et ignorez le droit des victimes à être reconnues comme telles ? Ou bien est-ce parce qu'il est de bon ton de s'afficher dans les médias en faveur du "libéralisme sexuel" comme les Houellebecq et compagnie? C'est ainsi que j'appelle la perversion soixante-huitarde de la libéralisation sexuelle par ceux qui ne retiennent de cette révolution que "jouir sans entrave" oubliant que les entraves concernaient les codes moraux mais qu'il devait en subsister pour le respect et la liberté de l'autre.
Les victimes de viol ont subi l'acte, elles n'ont rien demandé et sont durablement traumatisées. Je vous invite à prendre contact avec une association d'aide aux victimes de viol pour vous aider dans votre réflexion.