Encore feministes !

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Action n°9 - De l'argent pour les femmes ! 16 juillet 2002


LEUR MISOGYNIE FAIT PERDRE AUX PARTIS 36 MILLIONS D’EUROS.
CET ARGENT DOIT REVENIR AUX FEMMES !

Jusqu’en 2007, les lois françaises seront votées par une Assemblée à 87, 7 % masculine. En effet, malgré les sanctions financières que la loi dite de la parité, votée en 2000, a prévues pour les partis présentant plus de 50 % de candidats du même sexe, il n’y a à l’Assemblée nationale, après les élections de juin 2002, que 71 femmes sur 577 députés, soit 12,3 %. Quel progrès par rapport aux élections de 1997, où 63 femmes, soit 10,9 %, avaient été élues !
De tous les partis, c’est le RPR (devenu UMP) qui avait le moins de candidates : 19,9 % ; le parti socialiste n’en avait que 36 %. Les seuls à avoir présenté des candidatures à parité sont les Verts, Lutte ouvrière et la Ligue communiste révolutionnaire. Outre que l’attitude misogyne des principaux responsables politiques a un coût symbolique pour la démocratie, elle a aussi de lourdes conséquences financières pour leurs partis, donc pour leurs adhérent-es.
La dotation légale, affectée à chaque parti selon le nombre total des voix obtenues, sera amputée de 2002 à 2007 (soit pour chaque année de la législature) d’une somme calculée en fonction du nombre de candidates présentées. Comme l’a fait savoir l’Observatoire de la parité, le manque à gagner par an est de 1,3 million d’euros pour le PS et de 4 millions d’euros pour l’UMP. Pour l’ensemble des partis, il est de 7,2 millions d’euros par an, soit sur cinq ans, 36 millions d’euros (236 millions de francs). C’est autant que l’État va récupérer dans son budget général.

Cet argent doit revenir aux femmes. L’idée a été lancée par plusieurs féministes, notamment celles de la CLEF (Coordination française pour le Lobby Européen des Femmes, présidé par Monique Halpern ; voir son communiqué de presse du 25 juin 2002).
Nous proposons que l’État constitue, avec cette somme non attribuée à cause de la misogynie des partis, un fonds pour financer des associations qui œuvrent pour les droits des femmes.
Je vous suggère d’écrire au Premier ministre et à votre député-e, pour leur demander de donner force de loi à cette proposition sous forme d’un amendement à la prochaine loi de finances. Voici un canevas de lettre :
« Monsieur ou Madame,
Comme la plupart des partis politiques n’ont pas présenté assez de femmes aux dernières élections législatives, cela se traduit pour eux par un manque à gagner de 36 millions d’euros sur cinq ans.
Je demande que cette somme, prévue dans les dépenses de l’Etat, soit affectée à un fonds destiné à financer des associations qui œuvrent pour les droits des femmes, et en particulier à [ICI, VOS PROPOSITIONS : NOMS + NATURE DES ACTIONS].
Je vous demande de donner force de loi à cette proposition sous forme d’un amendement à la prochaine loi de finances. »

Pour écrire au Premier ministre :
http://www.premier-ministre.gouv.fr/fr/p.cfm?ref=6959
et à votre député-e : son nom@ assemblee-nationale.fr

Prière de m’envoyer une copie de vos messages !

Le texte de cette action a été publié dans Charlie-Hebdo du 24 juillet 02.

Note : Le parti communiste a présenté 210 candidates sur un total de 488 candidatures, soit 43 %.

LETTRES DE MEMBRES DU RÉSEAU ET RÉPONSES REçUES

Réponse reçue par Monique Campion le 17 juillet 2002
Madame,
Le Premier Ministre a bien reçu votre lettre. Il a été pris note avec attention de vos réflexions. Je vous prie de croire, Madame, à l'assurance de ma considération distinguée. Nicole Martin Chef du Service des Interventions

Monique Piton, 16 juillet 2002 au député
de l'argent pour les femmes !
J'habite dans votre secteur et j'ai pu remarquer que , sur les listes aux élections, les femmes étaient systématiquement au 2ème rang et peu nombreuses ensuite ! Le résultat c'est 71 femmes sur 577 députés. (la honte soit aux machos français) Comme la plupart des partis politiques n'ont pas présenté assez de femmes aux dernières élections législatives, cela se traduit pour eux par un manque à gagner de 36 millions d'euros sur cinq ans.
Je demande que cette somme, prévue dans les dépenses de l'Etat, soit affectée à un fonds destiné à financer des associations qui oeuvrent pour les droits des femmes ou pour venir à leur secours quand les hommes sont violents; j'aimerais que vous demandiez à ce que des sommes conséquentes soient remises à Solidarité Femmes 27 rue Mégevand à Besançon et au Centre d'accueil Le Roseau 41 chemin des Torcols à Besançon.
Je vous demande de donner force de loi à ma proposition sous forme d'un amendement à la prochaine loi de finances.

Catherine DEPAIX, 18 juillet 2002 au député de Paris 13°
Monsieur,
Comme la plupart des partis politiques n'ont pas présenté assez de femmes aux dernières élections législatives, cela se traduit pour eux par un manque à gagner de 36 millions d'euros sur cinq ans.
Je demande que cette somme, prévue dans les dépenses de l'Etat, soit affectée à un fonds destiné à financer des associations qui oeuvrent pour les droits des femmes, et en particulier à
La MEUTE, contre la publicité sexiste
ENCORE FEMINISTES pour faire respecter les droits des femmes et lutter contre la discrimination sexiste
LA MAISON DES FEMMES , pour un espace d’initiatives et de solidarité féministes.
Pour la recherche universitaire sur les questions féministes.
Je vous demande de donner force de loi à cette proposition sous forme d'un amendement à la prochaine loi de finances.

25 juillet 2002
Le député du 13ème J.M. LE GUEN a répondu à la lettre de Catherine Depaix sur la parité ; il présente le meilleur score des partis politiques sur la parité (!) ; il répond favorablement à la demande de trouver à la somme récoltée une affectation en lien avec la loi sur la parité ; il ajoute que l'affectation automatique de ressources publiques à des associations n'est peut-être pas possible (en effet, c'est une règle des finances publiques : la non-affectation des recettes) ; il propose de demander de reverser les sommes au Ministère en charge des droits des femmes, voire, à un programme spécifique au sein de ce ministère.

Cécile Turcat , Paris, le 18 juillet 2002
à Patrick Bloche, Député PS
Monsieur et cher ami,
Comme la plupart des partis politiques n'ont pas présenté assez de femmes aux dernières élections législatives, cela se traduit pour eux par un manque à gagner de 36 millions d'euros sur cinq ans.
Je demande que cette somme, prévue dans les dépenses de l'Etat, soit affectée à un fonds destiné à financer des associations qui oeuvrent pour les droits des femmes, et en particulier à la coordination des associations de la Maison des Femmes, rue de Charenton à Paris, 12ème (qui doit retrouver des locaux Cité Prost, Paris, 11ème) et d'autre part aux foyers d'accueil et d'hébergement qui dépendent soit de la Mairie de Paris, soit de certaines ONGs, je souhaiterais également que le sort des détenues soit amélioré dans les prisons françaises, et qu'une enveloppe puisse être remise aux foyers d'accueil de jeunes filles en difficulté.
Je vous demande de donner force de loi à cette proposition sous forme d'un amendement à la prochaine loi de finances.

Annie Morel, 18 juillet 2002
Messieurs,
Les représentants politiques dans notre département [l’Allier] sont hélas tous masculins. Notre département fait donc figure d'image du passé et vit en dehors de son temps, au mépris des aspirations de ses concitoyennes de participer à la vie politique. Elles assument déja pleinement toutes les responsabilités d'ordre privé et professionnel.
Il est indispensable de bousculer ces mentalités dépassées en imposant une parité véritable et en votant une loi anti sexisme qui nous aiderait à faire respecter notre dignité, quotidiennement insultée par les médias. Les images et discours qu'ils véhiculent ont hélas un effet gravissime sur l'esprit de tous.
D'autre part, les partis vont être amenés à payer de lourdes amendes pour insuffisance de représentation féminine politique. Puis je suggérer que ces fonds soient redistribués en faveur d'associations de défense des droits des femmes et de leur protection. Notre condition en a plus que besoin, avec 12% de femmes à l'assemblée.
Votre réponse m'obligerait,

au Premier ministre.
Monsieur,
C'est avec une grande déception que j'ai vu apparaître le nouveau gouvernement et la nouvelle assemblée nationale composés d'une infime minorité de femmes.
Las, le monde a changé, les femmes travaillent et partagent les responsabilités. Il n'y a que le monde politique qui refuse de progresser et renvoie une image du passé. Vous ne pouvez réclamer le vote des femmes et les oublier dès l'élection passée.
De plus, la France est également à la traîne dans ce domaine par rapport au reste de l'Europe, et lorsque l'on revient de pays nordiques, l'on a impression de revenir 20 ans en arrière du point de vue des mentalités françaises... L'Angleterre est un pays très critiqué mais la femme y est tellement plus respectée et considérée dans la vie de tous les jours.
Les reines y ont été nombreuses, une femme y a été premier ministre...
Inimaginable en France. Déplorable.
Du fait de l'insuffisance de la représentation féminine, les partis seront amenés à payer des amendes. Il serait souhaitable que ces fonds puissent profiter à des associations de défense des femmes (droits bafoués, lutte contre la violence sous toutes ses formes physique, verbale, pornographie...).

RÉPONSE le 22 juillet
Madame,
Vous avez fait part au Premier Ministre sur la place de la femme dans la vie politique française et au delà dans la société.
Il a pris note de vos réflexions avec la meilleure attention.
Je vous prie de croire, Madame, à l'assurance de ma considération distinguée.
Pour le Premier Ministre
La Chef du Service des Interventions
Nicole MARTIN

Denise Barriolade, 22 juillet 2002
Voici copie de ce que j'ai écrit à "mes députés" du 13ème (Serge Blisko et Le Guen) et au 1er Ministre :
Monsieur le Député,
Comme la plupart des partis politiques n'ont pas présenté assez de femmes aux dernières élections législatives, cela se traduit pour eux par un manque à gagner de 36 millions d'euros sur cinq ans. Je demande que cette somme, prévue dans les dépenses de l'Etat, soit affectée à un fonds destiné à financer des associations qui oeuvrent pour les droits des femmes. Je suggère que soit notamment bénéficiaire de ces fonds, l'Association du festival international de films de femmes (AFIFF) de Créteil et du Val de Marne, et en particulier son centre de ressources IRIS. Je vous demande de donner force de loi à cette proposition sous forme d'un amendement à la prochaine loi de finances.

Lettre d’Evelyne Malcor à la députée d'Aix-en-Povence, Maryse Joissains, et au Premier ministre, 10 août 02
Madame la députée,
J’ai l’honneur de m’adresser à vous suite aux résultats des élections législatives, résultats décevants sur le plan de la parité des femmes et des hommes. En effet, les électrices ne sont représentées en tant que femmes que par une minorité de députées ( moins de 13 %), ce qui est significatif du fait que les femmes ne peuvent pas encore peser sur les décisions politiques. Il semble bien en effet que la misogynie des partis résiste aux signes forts donnés par les Français/es lors du débat sur la parité, qui a littéralement passionné l’ensemble de la société civile française, et conquis une partie importante des électeurs/ trices de droite.
Après cet échec, qui contribue, à mon avis, au malaise que les électeurs ressentent vis-à-vis de la vie politique, il me semble important que les sommes importantes qui ont été perdues par les partis, et qui révèlent que la condition des femmes laisse fort à désirer en France, soient dûment utilisées pour améliorer celle-ci. Vous êtes vous-même certainement au fait des injustices que les femmes ont à subir dans tous les domaines ( professionnel, familial, physique, symbolique, politique, etc.). Je me permets pourtant d’exprimer les revendications des associations féministes en général, en attirant votre attention sur des dossiers tels que la prostitution, ou encore les violences physiques dont les femmes sont victimes de la part des hommes qui leur sont proches. Par ailleurs, des campagnes de sensibilisation pourraient être mises en place pour lutter contre le viol, qui est un véritable fléau social encore trop toléré, et des mesures pourraient être prises pour que la justice ne soient plus le vecteur principal de cette « tolérance ». De plus, des mesures pourraient être prises dans les quartiers sensibles afin que les femmes, qui y sont souvent très mal considérées, et qui n’ont pas des chances égales aux hommes, puissent avoir un poids plus important, ce qui serait bénéfique à ces quartiers, puisqu’elles sont, là comme ailleurs, plus pacifiques que les hommes.
J’aimerais également évoquer également d’autres mesures plus « radicales », comme une révision de la loi dite de la parité, afin que cette loi soit plus incitative, et que la France ne soit plus la « lanterne rouge de l’Europe », comme on l’a dit, et afin qu’elle devienne le pays des droits humains et non plus seulement des droits de l’homme. Ou encore des mesures d’incitation au partage des tâches familiales, par le développement du congé paternel, ou toute autre mesure. Enfin, la loi qui avait été esquissée il y a un an concernant le sexisme dans la publicité, c’est-à-dire la transformation de nos rues en étal de pornographie pourrait être menée à son terme. Voilà certaines propositions qui naissent dans les organisations féministes et qui pourraient fort bien provoquer un regain d’intérêt de la part des électeurs/trices pour la vie politique. Bien sûr, il reste l’éternelle question du coût, mais avec les 36 millions d’euros que l’Etat a « gagnés » par rapport aux autres années, il me semble évident que nous pouvons utiliser cette manne afin de mener une politique de progrès.
Je vous remercie pour l’attention que vous avez bien voulu accorder à ma lettre, et vous prie d’agréer, Madame la députée, l’expression de mon plus grand respect.

de Patricia Bertapelle, 20 sept.-02
Monsieur Le Premier Ministre,
Je me permets de m'adresser à vous par la présente pour attirer votre attention sur un fait qui m'apparaît en tant que femme citoyenne très choquant : Comme la plupart des partis politiques n'ont pas présenté assez de femmes aux dernières élections législatives, cela se traduit pour eux par un manque à gagner de 36 millions d'euros de financement sur 5 ans!
Je demande que cette somme, prévue dans les dépenses de l'Etat, soit affectée à un fonds destiné à financer des associations qui oeuvrent pour les droits des femmes et en particulier à JEUNESSE ET SPORTS POUR LE SPORT ET LES FEMMES qui me soutient cette saison en compétition automobile dans le championnat de France de Supertourisme , où je suis la seule femme à piloter dans un peloton de pilotes hommes. Mon association Fan Club Bertapelle SPEED COM a pour but de promouvoir le sport automobile au féminin.
Je vous demande de donner force de loi à la proposition énoncée ci-dessus sous forme d'un amendement à la prochaine loi de finances.
En comptant fermement sur votre soutien dans cette juste demande, je vous prie de recevoir, Monsieur le Premier Ministre, mes respectueuses salutations.