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Pourquoi les femmes tombent-elles si souvent ? 30 juillet 2003
« Une femme, poussée par son ami lors dune violente querelle, tombe par terre et se cogne la tête. » Cest ainsi que les médias présentent ce qui est arrivé à lactrice Marie Trintignant le 27 juillet. Est-elle tombée dans le coma à la suite dun geste maladroit de son compagnon, le chanteur Bertrand Cantat, pendant une dispute damoureux ? A-t-elle été victime dun manque déquilibre typiquement féminin ? Tant de femmes disent quelles sont tombées dans lescalier pour expliquer des bleus suspects !
« Dans l'entourage du chanteur, on ne désespère pas de voir triompher la thèse de l'accident », écrit le quotidien belge La Dernière Heure (30 juillet 2003). Quelle que soit la « thèse » qui « triomphera », rappelons que chaque année des centaines de femmes, en Espagne, et aussi en France ou au Québec, sont tuées par un mal quil faut appeler par son nom : la violence conjugale masculine.
Dans un foyer sur dix des pays occidentaux, comme le confirment de nombreuses enquêtes scientifiques, lhomme commet des actes de violence grave sur sa compagne. La moitié des meurtres de femme sont le fait de leur conjoint ou ex-conjoint.
Il faut nommer ces actes pour ce quils sont : une violence inadmissible.
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Que Marie Trintignant ne soit pas morte pour rien !
2 août 2003
Marie Trintignant est morte hier.
Quelle ne soit pas morte pour rien !
Quon cesse de qualifier sa mort de tragédie, comme si cétait un effet de la fatalité !
Quau-delà de la tristesse, de la douleur, du deuil nécessaire, on remonte aux sources, aux causes, à lorigine du mal. De ce mal qui en France tue une femme tous les cinq jours, qui blesse grièvement, dans leur corps ou dans leur esprit, deux millions de femmes en France, soit une femme adulte sur dix. (Les enquêtes apportent des données comparables pour les autres pays occidentaux.) Et combien de millions denfants, témoins ayant parfois cherché à sinterposer, marqués à vie par ce quils et elles ont vu, entendu, ressenti !
Quon cesse de blâmer les victimes, de chercher ce qui dans leur passé ou dans leur comportement, peut expliquer lacte violent. Comme si un acte de destruction pouvait être justifié. Comme sil avait des causes logiques. Comme sil y avait la moindre raison valable pour que quelquun lève la main sur plus faible que lui.
Quon cesse de sétonner que les victimes aient « mal » résisté, quelles ne se soient pas assez défendues. Comme si le problème était en elles. Comme si elles avaient désiré souffrir ou mourir. Comme si elles avaient eu tort de faire confiance à un homme qui disait les aimer.
Quon cesse de sétonner que des hommes bien sous tous rapports puissent AUSSI être des hommes violents. Comme si certains milieux, certaines familles, certains métiers pouvaient être épargnés par la violence. Comme si un homme ne pouvait pas être violent ET souffrir de lêtre ; avoir des remords, promettre de ne plus recommencer et craquer de nouveau.
Quon cesse de chercher des excuses dans labsorption dalcool ou dautres drogues. Tous les violents ne boivent pas, tous les alcooliques ne battent pas. La drogue peut faciliter le passage à lacte, elle nen est pas la cause.
La cause a un nom : la violence masculine. La violence de certains hommes. Une violence liée à la virilité traditionnelle, à la culture machiste. Boire trop, conduire trop vite, chercher à être le plus fort, vouloir prouver quon est fort, frapper, cogner, tuer : quels ravages fait cette virilité !
En France, deux millions dhommes battent leur compagne ou ex-compagne. Dans un pays si fier de sa tradition de galanterie, un homme sur dix commet des violences graves. Tous les cinq jours en France, un homme tue celle quil considère comme « sa » femme.
Marie Trintignant est morte hier. À qui le tour ?
Arrêtons le carnage ! Apprenons aux hommes et aux garçons à maîtriser leur violence ! Disons et répétons que la violence nest jamais une solution. La violence est le problème.
Florence Montreynaud
Morte des violences de son compagnon, le chanteur Bertrand Cantat, lactrice Marie Trintignant a été enterrée cet après-midi, le 6 août, au cimetière parisien du Père-Lachaise. Un millier de personnes ont assisté à la cérémonie.
Une dizaine de membres du réseau "Encore féministes!" étaient présent-es, portant le ruban blanc qui signifie : « Je suis engagé-e contre la violence machiste et pour la paix entre les êtres humains. » Hélène Marquié a été interviewée par plusieurs journalistes, français et étrangers, sur le thème des violences contre les femmes.
Au même moment, à Bruxelles, des membres du réseau "Encore féministes !" se retrouvaient, à linitiative de Patrick Tomas, devant la statue de Gabrielle Petit, place St-Jean, pour y déposer des roses blanches. La manifestation a groupé une soixantaine de personnes, et de nombreux médias étaient présents. Une femme victime de violences a témoigné sur ce quelle avait vécu.
Patrick Tomas a prononcé le discours suivant :
Mesdames,
Messieurs,
Nous voilà rassemblés au pied dun des rares monuments dédiés aux femmes martyres afin de rendre un dernier hommage à lactrice française, Marie Trintignant ainsi quaux nombreuse femmes victimes de coups portés par leur compagnon.
Leur mort met en évidence un grand mal de notre société, à savoir, la violence conjugale.
Il est utile de rappeler que la violence domestique est présente dans tous les pays et dans toutes les couches de la société. Même si elle sexerce derrière des portes closes, elle concerne cependant lensemble de la société.
Dans lUnion européenne, une femme sur cinq a été, au moins une fois dans sa vie, victime de la violence de son compagnon.
25% de tous les crimes de violence enregistrés concernent un homme ayant agressé sa femme ou partenaire. Chaque année, des milliers de femmes etd enfants quittent le domicile familial en raison des abus dont ils/elles sont victimes.
Il y a quelques jours, alors que Marie Trintignant était encore plongée dans un coma profond, jai entendu dans un quartier bruxellois ces terribles propos de la part dun jeune couple accompagné de leur enfant :
« Après tout, elle a certainement dû le provoquer ! Elle a eu quatre enfants de pères différents, donc un peu spéciale la nana ! Bertrand Cantat est un chouette type, il chante de superbes chansons. Et de toutes façons, cest la première fois quil la cogne !
Je nai pu mempêcher de les interrompre en leur disant que cétait la fois de trop et que même si Bertrand Cantat avait écrit de belles chansons, cela ne justifiait pas de légitimer ou de pardonner son acte barbare !
Marie Trintignant en a payé les frais et laisse quatre enfants sans maman.
Par notre présence, nous voulons manifester contre toutes les formes dagressions machistes faites à légard des femmes.
Aux femmes victimes de la violence, nous disons :
Brisez le mur du silence qui entoure la violence domestique
Nacceptez aucune forme de violence
A lentourage témoin de la violence, nous disons :
Aidez les femmes victimes de la violence à briser leur silence
Aidez les à sortir de leur condition de victimes
Aidez les à se diriger vers des services daide aux victimes
Aux hommes agresseurs, nous disons :
La violence domestique est un crime, lâche, machiste et totalement barbare
Nous invitons toutes les citoyennes et surtout tous les citoyens à porter le ruban blanc. Ce ruban blanc symbolise le refus de recourir à toute forme dagression. Il symbolise la paix, le respect ainsi que lamour pour lautre.
Le 22 novembre 2003, plusieurs associations vont se rassembler dans les rues de Bruxelles afin de dénoncer toutes les formes de violence faites à légard des femmes ! Bloquez cette date dans votre agenda et montrons que nous sommes nombreux et nombreuses à vouloir vivre dans une société progressiste et moderne basée sur le respect du bien-être de chacun.
A présent, je vous invite à vous recueillir un instant, dans le silence, en solidarité avec la famille de Marie et en mémoire de toutes les femmes victimes de la violence machiste.
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Le réseau "Encore féministes !" se joint à lappel de la Fédération nationale Solidarité femmes et du Mouvement français pour le planning familial. Si vous êtes à Paris, nous vous invitons à venir le samedi 9 août entre 14 h et 19 h déposer un papier avec un nom écrit, une photo, un message, une fleur blanche ou entourée dun ruban blanc place Colette (dans le 1er arrondissement), près de la Comédie-Française et du Conseil dEtat (métro Louvre ou Palais-Royal).
Tout au long de laprès-midi, vous pourrez y rencontrer des féministes.
Pourquoi la place Colette ? Parce que Marie Trintignant a incarné Colette, écrivaine et femme libre, dans le dernier film quelle ait tourné. Nous associerons la mémoire de Marie Trintignant, féministe et fille de féministes, à celle de toutes les femmes mortes des violences de leur compagnon, ou ex-compagnon.
Pour des informations et des explications sur ces violences, je vous invite à lire en ligne une interview du Professeur Henrion.
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